Société secrète

Publié le par jasonlouisxi


LA COMPAGNIE DU
SAINT SACREMENT




Sa conception première est le fait d'un laïc : Henri de Levis, duc de Ventadour, pair de France et lieutenant-général du roi dans le Languedoc.

Le but est de rassembler secrètement l'élite du catholicisme français pour "promouvoir la gloire de Dieu par tous les moyens".

Il s'en ouvre à plusieurs religieux : jésuites, capucins ... qui l'encouragent dans son projet. Avec un groupe d'amis il constitue, à partir de 1627, l'embryon de la Compagnie.

La date de 1627 n'est pas fortuite. C'est l'époque où Richelieu s'engage dans sa politique subordonnant les intérêts de l'Eglise à ceux de l'Etat.
Au même moment, en territoire allemand, le cardinal travaille à détacher de l'Empereur les électeurs catholiques et à renforcer la coalition des princes protestants.

Ces options de celui que l'on nomme désormais "le cardinal des hérétiques" scandalisent les fidèles de l'Eglise pour qui le rétablissemnt de l'unité spirituelle de l'Europe devait être le couronnement de l'oeuvre de la réforme catholique.

Cet idéal explique la nature de la Compagnie qui se veut foyer de méditation mais aussi lieu d'action. Elle se veut association militante, destinée à porter remède à toutes formes de misère physique ou morale.

Si son existence fut connue du pape, de Louis XIII et de Richelieu, elle ne reçu aucune consécration officielle. Celle-ci eût exigé l'octroi de lettres patentes, le contrôle du Parlement, la soumission à l'autorité hiérarchique : celle de Rome et celle des évêques.

La Compagnie vit sans statut civil ni écclésiastique. Dans la pratique, l'anonymat est rigoureusement observé.
L'organisation centrale est réduite à l'extrême. L'autorité est confiée à un supérieur, un directeur, un secrétaire et six conseillers renouvelés chaque trimestre.
Il n'y a ni bureaux ni salles de réunions. On se retrouve le jeudi tantôt chez l'un, tantôt chez l'autre pour éviter toute publicité.

Dès ses débuts la Compagnie regroupe des personnalités très diverses.

Des prélats : Charles de Noailles évêque de Saint-Flour, Alain de Solminihac évêque de Cahors, Nicolas Pavillon évêque d'Alet, Henri-Louis de la Roche-Pozai évêque de Poitiers (voir article "La possession de Loudun"), Jean-Baptiste Gault évêque de Marseille, Sébastien Zamet évêque de Langres, François de Lafayette évêque de Limoges, etc ...

Elle compte de futurs évêques comme Bossuet ou Abelly; des supérieurs de compagnies sacerdotales comme Jean-Jacques Olier fondateur des sulpiciens ou Saint-Vincent de Paul fondateur des lazaristes. En revanche, pour mieux garder le secret, elle n'accepte pas de religieux soumis par leurs voeux à la règle d'obéïssance.

Parmi les laïcs on trouve le prince de Conti, le duc de Liancourt, le marquis de Salignac-Fénelon, le baron de Renty, les maréchaux de Schomberg et de Melleraye. Le président du Parlement de Paris Lamoignon, le Maître des requêtes d'Argenson, l'avocat Plessis-Monbard. Des ambassadeurs comme Brassac, Noailles ou Fontenay-Mareuil en font également partie. On y compte aussi quelques artisans, marchands et bourgeois.

Le marquis d'Argenson s'étonne que le pouvoir ait des soupçons à l'égard d'une société si brilllament constituée.
Ce sont précisément la qualité et le poids social de ces personnalités qui inquiètent le gouvernement. Le roi et ses ministres redoutent les "remuements" et les "pelotons contre l'Etat".

Née à Paris, l'institution essaime en province : Angers, La Flèche, Aix, Blois, Caen, Orléans, Marseille, Bordeaux, Metz, Montpelier, etc ...

Toutes ces succursales ne disposent pas de leur pleine autonomie. Elles reçoivent tout de la Compagnie de Paris qui agit comme un "comité central" maintenant une parfaite unité de vues et de gouvernement.

Une telle organisation impliquait une très lourde correspondance. Pour alléger ce poids on a recours à un moyen alors d'avant-garde : le "Congrès". Un appareil d'une telle ampleur demande une solide armature économique et financière.

La Compagnie reçoit beaucoup d'argent : en espèces, par legs ou donations. Les mesures les plus strictes sont prises pour conserver le secret. Les papiers font l'objet de précautions semblables.

Ces observances si minutieuses ont conduit des historiens à ne voir dans la Compagnie qu'un "nid de factieux", une conspiration permanente.

Une telle interprétation comporte une part de vérité mais elle est excessive.

La Compagnie a une prédilection pour les voies obscures, les menées clandestines ou les attaques indirectes. Elle agit toujours dans un but d'efficacité pastorale. La réforme religieuse et morale est son objectif essentiel.

Elle combat les clercs scandaleux, veille au bon recrutement monastique en favorisant l'admission "sans dot" des filles d'une excellente vocation. Il en résulte une certaine "démocratisation" dans les couvents.

Elle use de son influence pour contraindre les ecclésiastiques à la résidence. Elle lutte contre toute déviation doctrinale : le libertinage, le protestantisme. Elle s'attache à imposer l'application minimale de l'Edit de Nantes.
Celui-ci reposait sur un ensemble de privilèges et la tendance des protestants était de dépasser ces privilèges, d'aller à un régime commun aboutissant au pluralisme religieux. L'attitude de la Compagnie est au contraire de limiter au maximum les droits des réformés. Elle s'oppose en particulier aux mariages mixtes, à l'entrée des protestants dans les carrières libérales.

Ces pressions répétées l'ont fait accuser d'être à l'origine de la Révocation de l'Edit de Nantes. Ceci est excessif puisque la Compagnie disparu vingt avant. Mais il est indéniable qu'elle contribua à y préparer les esprits.

Elle entreprend une lutte pour la réforme des moeurs, mène une véritable croisade contre la débauche et l'immoralité. Elle combat la prostitution et la pornographie, engage des poursuites contre les colporteurs de chansons obcènes et contre "les maquerelles qui perdent les filles et les incitent au libertinage".

Parfois, comme à Bordeaux, la confrérie n'hésite pas à se faire juge de la moralité des simples habitants. Elle décide de la réputations des hommes et des femmes, envoyant dans les maisons des billets injurieux. Elle s'élève en police des poeurs, faisant enlever des femmes et des filles pour les enfermer dans des couvents, sans information ni condamnation. Le Parlement de Guyenne doit intervenir.

Les campagnes moralisantes aussi bien que certaines extravagances mystiques ont suscité beaucoup d'ennemis et nourri de vigoureuses attaques contre la Compagnie assimilée à une sorte de franc-maçonnerie.

Elle donne son appui aux missions : celles du Levant, de Grèce, d'Amérique du sud et d'extrême-Orient. Elle fonde en 1639 la société Notre-Dame de Montréal.


En Europe elle se fait apologiste de la politique catholique. Elle rejette la politique de Mazarin. Le cardinal-ministre n'hésite pas à combattre la catholique Espagne pour s'allier au protestant Cromwell. La Compagnie condamne ainsi les principes mêmes de la politique française.

Elle se veut surtout spirituelle et humaniste et est à l'origine de nombreuses oeuvres d'assistance : les hôpitaucx généraux, des institutions de charité. Elle s'intéresse au sort des prisonniers;

Elle contrôle les marchands vendant trop cher leurs produits, les patrons payant peu leurs ouvriers. Elle fait ainsi entrer dans la pratique la notion de juste prix et de juste salaire. Elle lutte contre le duel, surveille la police soupçonnée de traiter de façon inhumaine les pauvres gens.

Cette volonté de réforme, ce désir constant de moraliser la vie publique suscitèrent de vives oppositions. Elle se heurta à l'hostilité du pouvoir apeuré par cette "conspiration permanente".


Prenant prétexte de ses interventios tapageuses, Mazarin exige du Parlement un arrêt interdisant toute réunion à Paris sans lettres de patente du roi.

Dès lors la Compagnie ne mène plus qu'une vie ralentie. La sourde opposition de Colbert qui voit en elle un "Etat  dans l'Etat" précipite son déclin. Elle prend fin 1666, année de la mort d'Anne d'Autriche qui avait été l'un de ses fervents soutiens.

Elle disparut sous les coups du pouvoir mais plus encore par son inadaptation aux conditions de pensée de son temps. Son idéal c'est l'Europe catholique, la chrétienté. Or son époque voit la montée de l'Etat, le renforcement de l'armature nationale, la prééminence des légistes.

 

Son échec est celui de la catholicité. Sa disparition est l'un des signes du déclin de ce mouvement de renaissance religieuse conçu et inspiré un siècle plus tôt par le Concile de Trente;

 








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Commenter cet article

scorpionmusic 29/10/2009 20:02


Bonsoir mon ami, je vois que tu n'es pas à jour sur ton blog. Aller courage, j'espère que tu vas bien. Je te souhaite une bonne soirée. Amitiés. René.


ANILOU 26/10/2009 18:44


Merci de ton petit passage. Jete souhaite une bonne soirée bisous


scorpionmusic 26/10/2009 12:38


Bonjour du lundi, très beau temps , le soleil est présent en région parisienne que du bonheur. Tout va bien avec un petit rhume, pas grave après une semaine de mauvais temps. je te souhaite une
bonne journée. Amitiés de René.


Nathlb : La nature et ses couleurs... 24/10/2009 19:34


Alors, tu vas bien ? Pas trop dur la reprise ? Bonne soirée...


scorpionmusic 24/10/2009 11:33


Bonjour, je vois que tu as retouvé la forme de l'écriture. Il pleut en ce moment en région parisienne depuis quelques jours c'est pas la joie. j'espère que tu vas bien. Je te souhaite une bonne
journée. Amitiés de René.