Oradour

Publié le par jasonlouisxi


LE PROCES D'ORADOUR

oradourc

Bordeaux, janvier 1953.
On juge les bourreaux d'Oradour-sur-Glane.
L'indignation nationale aurait pu s'exprimer à bon compte ... s'il n'y avait pas eu, au banc des accusés, quatorze Alsaciens dont douze enrôlés de force par les Allemands dans la Waffen-SS.
Un procès pas comme les autres, qui finit par opposer la douleur du Limousin au sacrifice de l'Alsace.
C'est la "raison d'Etat" qui tranchera.


LA DIVISION "DAS REICH"

De retour du front de l'Est, elle est cantonnée depuis avril 1944 dans la région de Montauban.
Elle y refait ses forces, s'y entraine et y reçoit des renforts. En particulier de jeunes Alsaciens de 17-18 ans qu'en vertu d'une ordonnace  de 1942 les conseils de révision du Haut et du Bas-Rhin versent systématiquement non seulement dans la Wehrmacht mais directement dans la Waffen-SS.
Ces jeunes, déjà broyés par la Jeunesses hitlérienne ou le STO, rudement entrainés par des sous-officiers de choc qui ont appris la guerre la plus atroce à travers toute l'Europe de l'Est, sont travaillés par le désir de déserter mais déchirés à l'annonce des représailles que leur fuite ferait abattre sur leurs familles.
Ils font ainsi l'apprentissage de l'obéissance aveugle et de la cruauté.

oradourlamerd Le Général SS Heinrich Lammerding

Les 7 et 8 juin, la divsion allemande s'ébranle avec une double mission : faire mouvement vers le front de Normandie tout en prêtant main forte aux unités de la Wehrmacht pour nettoyer définitivement le sud-ouest des "bandes communistes".
Démesurément étirée sur la nationale 20, vivement accrochée par les maquis FTP et l'Armée secrète, la division "Das Reich" donne, de fait, priorité au nettoyage.
Lammerding détache des unités "en rateau" le long du parcours. Le 8, les Allemands ont repris Tulle abandonné par les maquis, pendu 99 otages et déporté 111 personnes.
Le chef du 1er bataillon, Dickmann, entouré par des hommes de la Gestapo et de 4 miliciens français, choisit le village où ses hommes pourront faire exploser leur humiliation et leur rage.
Oradour-sur-Glane, un petit bourg dont les maquis sont éloignés de douze km, fera l'affaire. La préméditation ne fait aucun doute. C'est impunément que la SS a voulu faire une opération de représailles pour l'exemple.


oradourx


LE 10 JUIN 1944

Les SS bouclent la cité d'Oradour. Hommes fusillés, fuyards stoppés par des rafales de mitraillettes, femmes et enfants brûlés dans l'église, asphyxiés et blessés qui ne pouvaient plus se trainer : tous massacrés et consumés en trois heures d'un après-midi d'été où les SS ont exercé une vengeance et libéré la furie criminelle que le National-Socialisme avait cultivée en eux. 



LES RESPONSABLES ?

Dickmann : le seul qui savait tout à l'époque a été tué sur le front de Normandie.
Kahn,  spécialiste des explosifs : n'a pas été retrouvé.
Knug : blessé pendant l'incendie de l'église, est mort à Limoges.
Barth, qui promettait du sang est en fuite.
Lammerding, qui couvrit l'opération, manque aussi à l'appel.


LA LOI DU 15 SEPTEMBRE

Votée le 15 septembre 1948, elle complète une ordonnance de 1944 et crée la notion de "responsabilité collective" pour les crimes de guerre.

Une loi étrange : votée à la sauvette dans un hémicycle peu garni, aux débuts d'un gouvernement dirigé par le Limousin Henri Queuille, adoptée à l'unanimité malgré les scrupules juridiques de quelques rares parlementaires, scrupules balayés dans la confusion,  mais solidement repris dans la presse.

Loi trop clémente, dit aussitôt l'Association des familles d'Oradour, mobilisée par son président Brouillaud et le sénateur Charlet. Loi qui pourtant viole par deux fois les règles du Droit français : elle est à effet rétroactif et elle exige que les accusés fassent eux-mêmes la preuve de leur non-culpabilité.

A Bordeaux l'accusation ne songe pas à recourir à cette loi contestée à laquelle le président Saint-Saëns oppose le bon vieux code pénal.



LE PROCES

Puisque les chefs sont défaillants, on se contentera donc du fretin, laborieusement identifié depuis 1944.
65 survivants sur 120 que comptait la sinistre compagnie.ont été couchés sur l'acte d'accusation. 44 sont jugés par contumace. Restent 21 visages face à leurs juges.
Paradoxe afffreux, il s'agit de 7 Allemands et de 14 Français ...

Le tribunal s'est exilé vers les faubourgs, dans une étroite rue facile à barrer en cas de manifestations. Son apparat s'éploit dans une petite salle où se casent, comme ils peuvent assesseurs, juges militaires, le commissaire du Gouvernement : le lieutenant-colonel Gardon qui vient de requérir dans le second procès de René Hardy, la garde et les greffiers, les accusés et leurs défenseurs, trois rangs de chaises pour les familles des victimes, les journalistes et le public. Caméras et micros ont été interdits.

Dans les communiqués de presse, parlementaires du Bas-Rhin et de la Haute-Vienne s'interpellent déjà, l'Association des déserteurs, évadés et incorporés de force d'Alsace (ADEIF) s'indigne qu'on aligne douze de ses compatriotes sur le même banc que les accusés Allemands, et tout le Limousin affirme qu'il n'y a pour lui ni Alsaciens ni Allemands, mais des accusés.

La justice va tenter de se prononcer dans un dédale de procédures et un déchainement de douloureuses passions.

Les juges, conscients de la faiblesse de l'instruction, vont exiger des précisions. La salle d'audience est tapissée de plans et de cartes. Peine perdue. A Bordeaux, c'est évident, on juge, sinon des comparse, du moins des lampistes.

Pour l'opinion qui réclame le châtiment des coupables et dont l'ardeur est attisée par les associations limousines, les arguties judiciaires ne pèsent guère. Elles jouent toutefois leur rôle dans le crescendo du drame national qui se noue à Bordeaux.

Deux Alsaciens étaient engagés volontaires dans la Wehrmacht. C'est pour les 12 autres, incorporés de force dans les SS, que tout favorise lindignation.

Nés pour la plupart en 1926, ils ont tragiquement "fêté " leurs 18 ans en 1944. Six d'entre eux ont déserté en Normandie. Tel passe aux FFI, tel autre chez Delattre, puis combat en Allemagne et même en Indochine.

Ils sont pourtant là, à Bordeaux, neuf ans après les faits, portés par l'affection des leurs, entourés des meilleurs avocats, leur cause prise en charge par l'ADEIF.

L'émotion, insoutenable, vient avec les dépositions des rares rescapés auxquels le président ne lache pas la bride, prêt à saisir un fait pour démasquer un accusé. A ce degré d'émotion, le procès échappe aux juges et aux codes. La salle de Bordeaux chavire.

Dans son réquisitoire, le lieutenant-colonel Gardon s'en tient aux faits irréfutables et à l'évidence la moins déraisonnable : "tous ont communié dans le crime. Volontaires ou non, ils ont du sang sur les mains. Distinguer Allemands et Alsaciens reviendrait à dire qu'il n'y a eu ni population exterminée ni village anéanti".

Mais les avocats des Alsaciens ont beau jeu en posant la seule question dont chacun se détourne : "Qu'auriez-vous fait à leur place si vos familles avaient été prises en otages ? Est-elle si pure et si juste, cette société qui prétend devoir imposer l'héroïsme à tous ses fils ?".

Le procès d'Oradour est exemplaire parce qu'il oppose, mémoire contre mémoire, deux provinces françaises et qu'il cristallise en quelques semaines d'intense débat national l'angoisse que chaque Français ressent et voudrait tant dissimuler : après cinq années de guerre étrangère, de guerre idéologique et de guerre civile, pourquoi et à quel prix avons-nous eu le courage de sécher nos larmes et de faire vivre ensemble ce pays ? La mémoire collective découvre qu'elle vit d'oublis.


JANVIER 1953

Les circonstances de l'heure portaient d'elles-mêmes à la méditation.

Où sont les espoirs de 1945 ?

L'Amérique des libérateurs électrocutera les Rosenberg.
L'URSS, toujours tenue par un Staline, révèle l'ampleur de son antisémitisme, l'horreur de ses camps, et préfabrique le "complot des blouses blanches" après avoir abondamment pourvu les bourreaux des démocraties populaires.
La France, dit bien haut Mauriac, n'a pas les mains si propres dans ses culs-de-basse-fosse d'Indochine, de Madagascar ou du Maroc, quand elle ne persécute pas ses objecteurs de conscience.
Le parti communiste français, le "Parti des fusillés" élimine ses Marty, Tillon,  Guingouin.

La guerre rôde toujours lorsque s'ouvre, ce même mois de janvier 1953, le procès des gardiens du camp alsacien de Schirmeck. Enfin et, surtout, les enjeux de la Communauté Européene de Défense (CED) réactivent déjà la bataille du souvenir.
Que s'ouvrent le 10 février 1953 les frontières des Six au charbon et au fer dans le cadre de la CECA, soit. Mais la proposition de faire une armée européenne, lancée par René Pleven en 1950 dans un contexte de guerre froide, ne réveillera-t-elle pas les vieux démons militaristes outre-Rhin ?

Le Chancelier Adenauer constate que le procès de Bordeaux va rendre moins crédible le jeune démocratie de Bonn.

Tous les sondages montrent dans l'hiver 1953, et fort avant en 1954, qu'une écrasante majorité de Français non seulement n'a pas oublié les crimes des Allemands mais qu'elle les croit capables de récidiver.

L'indignation  nationale eût donc pu s'exprimer à bon compte dans l'affaire de Bordeaux s'il n'y avait pas eu douze Alsaciens au banc des accusés ...


LE LIMOUSIN

D'entrée, la mémoire limousine doit non seulement plaider l'impossible oubli mais enchâsser le drame dans la chaîne des crimes nazis, avec tous les risques de la répétition et de la monotonie : après des dizaines de procès depuis 1945, et près de 500 condamnations à mort de criminels de guerre (dont environ 400 par contumace) tout n'a-t-il pas été dit ?

Pour elle, l'exemplarité d'Oradour, dans l'ampleur du crime comme dans la lenteur de la justice à poursuivre les coupables, c'est d'offrir au monde la quintessence de la barbarie nazie. Sur ce point, la solidarité limousine sera sans faille.
Or, à l'évidence, la présence des douzes Alsaciens affaiblit cette accusation par l'exemple.
Toutefois - et ici, inévitablement, l'affaire s'est politisée -, le contexte de 1953, avec la querelle de la CED, lui permet une efficace contre-attaque.
Mais tout argumentaire sur la reconstitution d'une "Internationale noire", tout rappel de la farouche "vocation européenne" de  l'hitlérisme et de la SS, tout amalgame de ces craintes avec les "manoeuvres" des ennemis intérieurs de la Résistance, sont possibles. La SFIO, le MRP parfois, les Associations nationales de résistants et de déportés, peuvent tour à tour ou simultanément les faire leurs.

C'est à l'honneur des défenseurs de la mémoire d'Oradour de n'avoir pas suivi tous les renforts qui s'offraient.
Ils ont su témoigner dans une exceptionnelle dignité.


L'ALSACE

En Alsace, par contre, toute l'argumentation repose sur le martyr spécifique de la province. Sera-t-elle une troisième fois abandonnée à Bordeaux en 1953, comme en 1871 et en 1940 ? Sa douleur propre est-elle assimilable à l'affliction nationale ?

Dès le 18 janvier, des manifestations y sont organisées par l'ADEIF, soutenue par les élus. Seuls les communistes se sont d'eux-mêmes exclus de la protestation, prenant le risque d'éveiller des soupçons sur la politique alsacienne de leur parti avant 1939.

L'argumentaire est simple : enchaîner les accusés Alsaciens aux Allemands à Bordeaux revient à lier l'Alsace à ses bourreaux nazis.
Une douleur qui résiste à toute logique tente dès lors d'appeler à leur secours les résistants, les évadés, les internés des camps du Struthof et de Schirmeck et les 130 000 "malgré nous" sous uniforme allemand dont
40 000 ne revinrent pas du front de l'Est et des batailles de 1944-1945.
On n'hésite pas même à comptabiliser les milliers de "suppliciés" d'Alsace face aux 642 "suppliciés" d'Oradour

Les anciens combattants lorrains refusent leur assimiliation aux "douze de Bordeaux" et, à l'Assemblée nationale, Raymond Mondon, député-maire de Metz, refuse fermement de confondre les accusés de Bordeaux avec tous les "malgré nous".

Les parlementaires alsaciens qui ont quelques regrets d'avoir voté la loi de 1948, s'empressent d'en conclure qu'il faut donner satisfaction à l'Alsace pour mieux l'affermir dans l'indivisibilité de la République.

La cause alsacienne  remporte un premier succès. Une pression des élus a conduit le Parlement à modifier la loi de 1948.

Le procès continue, mais Allemands et Alsaciens auront à connaitre réquisitoires et verdicts différents.


REACTIONS

Aussitôt, le Limousin n'entend pas encaisser le coup sans réagir. A Limoges, le 4 février, 40 000 personnes défilent devant un catafalque où s'inscrit : "Les douzes SS originaires d'Alsace et jugés à Bordeaux ne sont pas des Alsaciens mais des assassins".
A Bordeaux, M. Brouillaud, au nom des victimes d'Oradour, manque de se faire expulser quand il crie : "L'Assemblée a approuvé le massacre d'Oradour. Nous sommes profondément écoeurés".


LES VERDICTS

Le 13 février, dans la nuit, après une épuisante délibération où bien des sentences ont été arrachées à de faibles majorités, le tribunal rend ses deux verdicts.

Les deux gradés, l'Allemand et l'Alsacien, sont condamnés à mort.
Pour les six Allemands, un acquittement et des peines de dix à douze ans de travaux forcés et de un à dix ans de prison.
Pour les Alsaciens, cinq à huit ans de travaux et de prison.
Quarante-deux autres peines sont prononcées contre les Allemands en fuite.


MANIFESTATIONS

A l'annonce de ce jugement, amplement répercuté par tous les médias du pays, c'est le raz de marée : monuments aux morts voilés de crêpe noir, drapeaux en berne sur les édifices publics, grêves administratives, protestations des maires et des parlementaires, associations sur le pied de guerre, presse en émoi et manifestations populaires massives.

Pour des raisons diamétralement opposées, mais avec une redoutable symétrie, le Limousin et l'Alsace se sont dressés, convulsés, sourds aux injonctions de leurs préfets, touchés au coeur. La crise nationale est ouverte.


LA RAISON D'ETAT

De drames individuels en martyrs collectifs, le pays glissait vers l'affrontement le plus rude et le plus ravageur : la mise en cause de son identité.

Le gouvernement sut le comprendre et assuma sa responsabilité face aux communistes qui condamnent "une sentence européenne de pardon", à la presse allemande de l'Ouest quasiment satisfaite, à De Gaulle qui a partagé la douleur des Alsaciens, aux Limousins indignés par la légèreté des peines, aux Alsaciens qui s'estiment trahis.

Rarement l'impératif de la Raison d'Etat put s'appliquer à cause aussi exemplaire.

Dès le 17 février, René Mayer adresse un appel à l'union nationale.

Le lendemain, le gouvernement met en discussion un projet de loi d'amnistie pour les Alsaciens condamnés.
Les élus d'Alsace s'abstiennent volontairement, l'opposition des élus limousins et d'une bonne part des socialistes est formulée avec gravité.
Au bout du compte c 'est la voix d'Yvon Jézéquel, aveugle de guerre, qui l'emporte : il faut pardonner.

Le vote divise tous les partis sauf les communistes. Il est acquis par 318 voix contre 211 et 83 abstentions : les douze condamnés alsaciens sont amnistiés.

Le 21, ils quittent leur prison et l'Alsace saura prendre sur elle-même pour les accueillir avec une joie discrète. Le maire d'Oradour a renvoyé au préfet de la Haute-Vienne la croix de guerre remise à la cité.

Mais la communauté française, moins que jamais, n'a été un vain mot.


RENE PLEVEN

oradourpleven

René Pleven, le Breton résistant de Londres, a su trouver les mots qui rendaient crédible cette raison d'Etat :

"Une telle douleur ne se raisonne pas (...). Il n'est qu'un moyen d'y porter remède et ce moyen, ce ne peut être qu'un grand geste de tendresse pour ces centaines de milliers d'hommes et de femmes qui ont versé tant de larmes, qui ont connu tant d'humliations et qui les ont subies pour nous tous, je dirais presque à cause de nous tous parce qu'en 1940 nous n'avons pas été capables de vaincre".


oradourz

Sur fond de débâcle, la douleur de l'Alsace. Sur fond d'espoir libéré, l'incendie d'Oradour. Sur fond de France nouvelle, Oradour a dû faire le sacrifice de sa justice.

Longtemps, à l'entrée du village, deux panneaux feront lirent deux listes : celle des parlementaires qui ont voté l'amnistie et celle des amnistiés : "les monstres sont en liberté".

A Bordeaux, le lieutenant-colonel Gardon avait fait la citation qui, là-bas, s'imposera toujours : celle du "Richard III" de Shakespeare, quand le duc de Gloucester, couvert du sang du roi, supplie la reine :"Dites que je ne l'ai pas tué !" et que la reine répond : "Dites qu'il n'est pas mort."

 

Commenter cet article

ANILOU 21/01/2010 22:08


Récit passionnant, d'autant plus que je suis alsacienne...Bonne soirée


Christine7478 19/01/2010 12:59


Des actes atroces qui se sont déroulées à Oradour...Souhaitons que de tels actes ne se reproduisent plus jamais . Bonne journée Christine


corinne 19/01/2010 06:52


Bonjour, après la lecture rapide de ton article, je suis un peu abattue, dur de se souvenir de ces moments tragiques, dans ma jeunesse j'ai souvent entendu ma famille en parler et l'horreur faisait
place à la curiosité dans mon esprit d'enfant. Pour répondre à ton commentaire, il n'y avait pas un seul corbeau et les noms des oiseaux étaient affichés, pas grave ! bonne journée, a+ Corinne


scorpionmusic 18/01/2010 23:26


Bonsoir,
Un peu d'histoire de notre passé.
Le temps est resté à la pluie et brouillard.
J'espère que tu vas bien après la neige et le froid.
L'hiver n'est pas terminé, aller dans deux on sera au printemps.
Bonne soirée et amitié de René.


Capucyne 15/01/2010 14:03


les guerres sont atroces quels que soient les bellegérants, hélas!