Hitler-Staline

Publié le par jasonlouisxi

LE PACTE GERMANO - SOVIETIQUE


 

 

 

 

" Je hais le bolchévisme ! Je hais les russes ! Tant que je serai là, nous ne parlerons pas à ces gens ! "

Ainsi s'exprimait Hitler le 20 septembre 1937.

Deux ans se sont à peine écoulés que les journaux sont remplis de photographies montrant le ministre des Affaires Etrangères du Reich, von Ribbentrop, signant au Kremlin un pacte de non-agression avec son homologue russe, Molotov, en présence de Staline.



LES PRELIMINAIRES

Sur instructions du ministre allemand des Affaires étrangères, le Dr Kleist, président du comité Allemagne-Pologne, rencontre le chargé d'affaires soviétique Astanov le 7 avril 1939. 

Au cours de la discussion, ce dernier expose qu'il est stupide de la part de l'Allemagne et l'Union soviétique de se combattre sur des questions idéologiques au lieu de faire ensemble de la grande politique.

Kleist est d'autant plus surpris par ces propos qu'il sait qu'Astanov n'a pas exprimé une opinion personnelle : aucun fonctionnaire soviétique ne pourrait se le permettre. Il n'a pu parler ainsi que sur ordre du Kremlin
.

Kleist rend compte de cette conversation à Ribbentrop qui parait contrarié par le rythme accéléré que les russes donnent à l'affaire.
Le ministre, qui n'a reçu de Hitler qu'une mission d'exploration, avance prudemment sur ce terrain.

Goering, partisan d'un rapprochement germano-soviétique, déclare à l'ambassadeur d'Italie Attolico : "Je ne vois pas comment le Führer pourrait recevoir le juif Litvinov à Berlin".

Cette remarque est-elle parvenue à Staline ? Le 3 mai, Litvinov est remplacé par Molotov aux Affaires étrangères.

Comme tout le monde, Hitler se demande ce que signifie ce changement qu'il juge favorable.


Il ordonne à Ribbentrop de rester dans l'expectative mais autorise son mbassadeur à Moscou, von der Schulenberg, à faire un pas en avant : "Que l'ambassadeur du Reich propose la réouverture de conversations économiques, mais sans aborder aucun sujet politique".

Molotov reçoit Schulenberg avec beaucoup d'affabilité mais il précise : "La façon dont se sont déroulées jusqu'ici les conversations économiques a été plutôt décourageante. Le gouvernement soviétique ne peut envisager leur reprise que si les bases politiques sont créées" ...

Schulenberg demande quelles pourraient être ces bases. Molotov garde le silence.
Ribbentrop en conclut qu'il joue double jeu et cherche à obtenir de bonnes conditions de Berlin pour en obtenir de meilleures de Paris et de Londres. Il prescrit à son ambassadeur de se tenir sur la réserve et de voir si les russes reprendront la conversation.


Ils la reprennent et rapidement.

Le 30 mai, Astanov fait une visite à von Weizsäcker : "Molotov veut aller de l'avant mais il estime que dans nos relations, l'économie et la politique ne peuvent être dissociées".

Astanov fait plus encore. Il va voir le ministre de Bulgarie à Berlin et lui parle pendant deux heures. Draganov comprend ce que son collègue soviétique attend de lui. Il rapporte ses propos à la Wilhelmstrasse dans ces termes ; "Si l'Allemagne acceptait de conclure avec l'union soviétique un pacte de non-aggression, Moscou renoncerait à signer un accord avec l'Angleterre".

Bien que transmises par un tiers, ces indications sont claires mais le gouvernement du Reich continue de faire la sourde oreille. 



HITLER S'IMPATIENTE

Le 26 juillet 1939, Ribbentrop sort de sa réserve et se jette en avavt avec une précipitation égale à la prudence jusqu'alors observée. A quoi est dû ce revirement ?

La veille, la presse occidentale a annoncé qu'une mission franco-anglaise va se rendre à Moscou pour conclure une alliance militaire. A partir de ce moment, une "course contre la montre" s'engage entre le Reich et les Alliés.

En août 1939, toute la pensée de Hitler est dominée par deux problèmes : isoler la Pologne et empêcher une coalition qui l'obligerait à accepter une guerre sur deux fronts. Pour échapper à ce dilemme, il lui faut l'appui de la Russie et, pour l'obtenir, il est prêt à bien des sacrifices.


Staline doit faire face aux mêmes problèmes. Comme Hitler, il est hanté par la crainte de devoir livrer une guerre sur deux fronts. Il sait que l'URSS ne résisterait pas à une offensive conjuguée de l'Allemagne et du Japon. Or, cette éventualité n'est pas une fiction.

Signer un pacte avec la France, c'est l'ouverture d'un front européen sans apporter de remède au front asiatique. Repousser les offres de Londres et de Paris, c'est s'exposer seul aux coups germano-nippons.

La solution la plus raisonnable serait un accord avec le Reich.

Le 2 août, Ribbentrop fait un pas décisif. Il déclare à Astanov : "l'Allemagne est prête à effectuer un renversement de ses rapports avec l'URSS".

Schulenberg est reçu par Molotov le 4  août. Mais ce dernier ne fait pas les deux gestes qu'attendait Ribbentrop. Il ne décommande pas la délégation franco-anglaise, il ne l'invite pas à Moscou.

Hitler est déçu. Après avoir longtemps temporisé, rien ne va plus assez vite. Le général Ott, son ambassadeur à Tokyo, lui signale qu'une détente s'amorce entre l'Angleterre et le Japon. Ce dernier n'est pas le seul à lui donner des soucis. L'Italie en fait autant.

Mussolini suit avec inquiétude les évènements. Hilter lui avait promis que le "Pacte d'acier" ne jouerait pas avant deux ou trois ans. Les deux dictateurs devaient se rencntrer le 4 août au Brenner mais l'entrevue est décommandée.

Ciano, gendre de Mussolini et ministre des Affaires étrangère arrive au Berghof le 12. Il explique que l'Italie n'est pas prête, qu'il lui faut gagner du temps.

Les conversations entre Berlin et Moscou se poursuivent. Le 15, Schulenberg rencontre Molotov et lui annonce que Ribbentrop est prêt à venir à Moscou.

Le ministre soviétique accueille cette nouvelle avec intérêt, mais elle arrive trop tôt. La veille, il a demandé si l'Armée rouge serait autorisée à traverser les territoires de la Pologne et de la Roumanie. Comme il est peu probable que Varsovie y consente, il n'a guère d'espoir de conclure un accord avec Paris et Londres.

 
Mais il ne veut pas divulguer les tractations avec Berlin tant qu'il n'a pas en main le refus de la Pologne car il assumerait la responsabilité de la rupture. Or, il veut qu'elle retombe sur le gouvernement polonais.

Le 16, Ribbentrop adresse un message pressant à Schulenberg.  Mais plus les allemands manifestent leur hâte, plus Molotov est décidé à ne pas se laisser bousculer.

Le 18, l'accord économique est presque au point. Molotov rédige les grandes lignes d'un pacte de non-aggression.

Pendant ce temps, Paris et Londres tentent d'amener Varsovie à autoriser le passage des troupes russes sur son territoire. La réponse arrive : c'est un refus catégorique.

Staline réunit aussitôt le Politburo pour annoncer qu'il a décidé de signer un traité avec l'Allemagne. Le soir même, l'accord commercial est signé à Berlin. Après quoi, Molotov transmet son projet de pacte mais il précise que "M. Ribbentrop pourrait arriver à Moscou vers le 26 ou le 27 août". 


C'est l'une de ces dates qui a été choisie pour déclancher l'attaque contre la Pologne.

Pour accélérer le départ de Ribbentrop, Hitler envoit un message personnel à Staline :

"Berlin, 20 août 1939, à 4 h 45 du soir.

A Monsieur Joseph Vissarionovitch Staline. Moscou.

C'est avec un plaisir sincère que j'accueille la signature du nouvel accord commercial germano-soviétique comme le premier pas vers la normalisation des rapports entre nos deux pays ... A mon avis, étant donné les intentions qu'ont les deux Etats de nouer de nouvelles relations, il est désirable de ne perdre aucun temps. En conséquence, je vous propose de recevoir mon ministre des Affaires étrangères le 22 ou, au plus tard le 23 août. J'ai donné pleins pouvoirs au ministre du Reich pour établir et signer le pacte de non-aggression. En raison de la situation internationale, il est impossible que le ministre séjourne plus d'un jour ou deux à  Moscou.
Je serais heureux de recevoir promptement votre réponse".

Adof HITLER


Ayant rédigé cette lettre, Hitler décommande tous ses rendez-vous et s'enferme au Berghof.

L'arrivée d'un message du Chancelier à Staline a été annoncée à Schulenberg. Par malchance, le 20 août est un dimanche. Impossible de joindre Molotov. Le courrier ne sera délivré que le 21 vers 15 h.

Hitler, qui ne sait à quoi imputer ce retard, attend avec une nervosité croissante. Il appelle Goering : "C'est vous qui m'avez poussé dans cette affaire. J'ai commis une faute stupide". Non seulement il a laisser dissocier l'accord commercial du pacte politique, mais il a adressé à Staline une lettre compromettante. Qu'arrivera-t-il si ce dernier ne répond pas ?

Il a tort de s'inquiéter car Staline tient autant que lui au pacte. Le 22, sa réponse arrive au Berghof :

"Moscou, le 21 août 1939, 7 h 30 du soir.

Au Chancelier du Reich allemand Adolf Hitler.

Je vous remercie de votre lettre. J'espère que le pacte germano-soviétique marquera un tournant dans les relations dans les relations politiques entre nos deux pays ... Le gouvernement soviétique m'a autorisé à vous informer qu'il accepte que M. von Ribbentrop arrive à Moscou le 23 août".

Joseph STALINE















En lisant ce message, Hitler a l'impression d'avoir gagné l'une des parties les plus difficiles de sa vie.




RIBBENTROP EN RUSSIE

La réponse de Staline ouvre au ministre du Reich la route de Moscou. Tout va s'accomplir très vite. Le temps de téléphonet à Ciano et Ribbentrop part avec sa suite vers l'est. Après quatre heures de vol, il arrive à Moscou. L'aérodrome est pavoisé. Mais pris par le temps, les russes ont cousu des croix gammées sur des drapeaux soviétiques ...

Pour recevoir Ribbentrop, Molotov s'est fait remplacer par le vice-commissaire aux Affaires étrangères : Potemkine. Ribbentrop précise qu'il lui faut être de retour en Allemagne dans les vingt-quatre heures. Accompagné de Schulenberg, il part pour le Kremlin.

A son arrivée, il est reçu, à sa grande surprise, non seulement par Molotov mais aussi par Staline.

Fait sans précédent car les dirigeants russes tiennent à maintenir la fiction selon laquelle le Secrétaire général du Parti ne s'occupe pas de politique étrangère.

Le dictateur soviétique a voulu faire comprendre à l'envoyé de Hitler que si l'accord n'était pas signé maintenant, il ne le serait jamais ...

Une première conversation n'apporte rien de nouveau. Hitler a déjà approuvé le projet de pacte de Molotov. Une difficulté surgit lorsque Staline exige que les ports lettons de Windau et de Lindau soient inclus dans la sphère soviétique.

Cette exigence est grave : elle permet aux russes de se libérer de l'étroitesse du golfe de Kronstadt, d'accroître leur hégémonie sur la Baltique, de menacer la Finlande et d'inquiéter militairement l'Allemagne.

"Malgré l'étendue de ses pouvoirs, Ribbentrop hésite à accepter : "Celà dépasse le cadre qui m'a été assigné par le Führer, c'est à lui de décider s'il veut faire cette concession". 

Il envoit un télégramme à Berlin. Moins d'une demi-heure plus tard, la réponse arrive: "Oui, c'est d'accord".

Accompagné cette fois d'une suite nombreuse, Ribbentrop retourne au Kremlin. Les photographes enregistrent la scène pour la postérité ... Il ne reste plus qu'à rédiger le texte définitif du pacte. Pendant ce temps, une réception se déroule dans le salon.

Ribbentrop rentre à l'ambassade d'Allemagne et, le lendemain reçoit le correspondant de la NBO : "Une tentative a été faite pour encerler l'Allemagne et la Russie. C'est de cet encerclement qu'est née l'entente germano-russe ...".

Vers midi trente, il regagne l'aéroport. En traversant la ville, il voit de longues files qui attendent devant les kiosques à journaux, pour y acheter le dernier numéro de la "Pravda". Toute la première page est consacrée, en caractères énormes, à la signature du traité.

Vingt-cinq heures après son arrivée, le ministre du reich repartait en Allemagne. Cette fois, l'aéroport était pavoisé d'une profusion de drapeaux à croix gammée ...




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